La valeur de Mike Matheson en défense se révèle face aux meilleurs patineurs
EDMONTON – En milieu de première période, jeudi, les Oilers d’Edmonton ont bénéficié d’une double supériorité numérique pendant 43 secondes. Le trio formé de Jake Evans, David Savard et Mike Matheson a tenu le coup, bloquant quatre tirs de la dangereuse unité des Oilers et la limitant à un seul lancer sur le gardien Samuel Montembeault.
Il y a souvent au hockey cette impression qu’une équipe qui arrive à sortir indemne d’une double infériorité finit généralement par l’emporter. Évidemment, ce n’est pas ce qui s’est produit, car le Canadien a fini par s’incliner 3-2 en prolongation, ce qui a freiné à cinq sa séquence de victoires.
Il y avait quand même quelque chose de symbolique dans le choix des hommes de confiance de Martin St-Louis durant ce trois contre cinq.
Evans était perçu comme l’appât numéro un de l’équipe à l’approche de la date limite des échanges, du moins jusqu’à ce qu’il signe un nouveau contrat de quatre ans mardi matin.
Savard demeure intrigant pour plusieurs équipes étant donné le style taillé sur mesure pour les séries qu’il pratique et le fait qu’il est l’un des rares défenseurs droitiers disponibles sur le marché. Il ne sera pas cédé à n’importe quel prix. Même si Kent Hughes devait trouver un homologue suffisamment intéressé, l’absence de Kaiden Guhle limite grandement le nombre d’options à l’interne pour remplacer Savard.
Puis, il y a Matheson, dont le nom a circulé par moments, et qui est perçu par une certaine frange de partisans comme un actif sur lequel le Tricolore devrait tabler en raison de son contrat qui le rend attrayant pour n’importe quelle équipe.
Cette double infériorité était un moment crucial d’un match crucial, et Evans, Savard et Matheson en ont profité pour rappeler leur importance à l’équipe.
Dans ce match, Savard a ajouté sept tirs bloqués à sa fiche (aucun joueur de la LNH n’en a plus que lui en infériorité numérique) et Matheson en avait cinq.
Quand je suis entré dans la ligue, la façon de jouer en désavantage était un peu différente et j’avais besoin de bloquer plus de lancers
, a expliqué Matheson.
C’est sûr que c’est un art, mais ça prend surtout…
a-t-il ajouté en pointant son entrejambe au lieu de terminer sa phrase avec des mots.
Faire jeu égal avec McDavid et MacKinnon
Que Savard quitte le Canadien vendredi ou bien à la fin de la saison, il faut croire que les responsabilités défensives de Matheson n’iront qu’en augmentant après son départ.
Durant la majorité de sa carrière, le natif de Pointe-Claire a surtout été reconnu comme un défenseur à caractère offensif, un joueur capable de relancer l’attaque en utilisant son extraordinaire mobilité pour transporter la rondelle en zone adverse.
Après son but vainqueur en prolongation lundi soir, contre les Sabres de Buffalo, Matheson a de nouveau été très dangereux durant la période supplémentaire de jeudi.
Pourtant, c’est désormais son utilité défensive que l’état-major valorise le plus. L’émergence de Lane Hutson en tant que principal moteur offensif à la ligne bleue facilite cette transition, mais le match à Edmonton était une belle démonstration de ce qui rend Matheson aussi précieux pour le Bleu-blanc-rouge.
Il a été confronté à Connor McDavid durant 17:34 de jeu à forces égales, et la supervedette des Oilers n’est pas parvenue à produire à 5 contre 5. McDavid a certes raté une cage béante avec environ cinq minutes à faire en troisième période – Alexandre Carrier l’a peut-être gêné au tout dernier moment – mais le seul point de McDavid a été inscrit sur le but gagnant durant la prolongation à 3 contre 3.
Selon Natural Stat Trick (Nouvelle fenêtre), Matheson s’est mesuré à McDavid pendant 64:15 à 5 contre 5 depuis qu’il joue à Montréal, et les Oilers et le Canadien ont chacun marqué deux buts durant tout ce temps.
Quand le CH s’est mesuré à l’Avalanche du Colorado au cours des trois dernières saisons, Matheson a disputé plus de 50 minutes à 5 contre 5 face à Nathan MacKinnon, et elles se sont soldées par trois buts de chaque côté.
Matheson arrive à tenir son bout face aux vedettes les plus explosives du circuit parce que son coup de patin lui permet de les suivre. Ce n’est pas un positionnement sans faille ou une prise de décision irréprochable qui rend Matheson efficace en défense, c’est le fait qu’il est capable de suivre un joueur comme McDavid, ce que peu de défenseurs parviennent à faire.
Il a joué exactement comme on a besoin qu’il joue contre des joueurs comme ça, a indiqué St-Louis. Ce n’est pas facile d’égaler cette vitesse-là. Je trouve qu’on a fait du bon travail. McDavid va toujours trouver de l’espace, mais je trouve qu’on a été capable de limiter sa vitesse de bonne heure pour ne pas qu’il patine sur 200 pieds à 100 milles à l’heure.
Matheson a joué 30:58 face aux Oilers, ce qui constitue son plus haut temps d’utilisation de la saison. Face à une équipe qui a tendance à surutiliser ses meilleurs éléments, St-Louis a été forcé de faire de même. Ainsi, Nick Suzuki a aussi joué plus que dans n’importe quel match cette saison (24:16), étant entre autres employé dans les deux unités d’avantage numérique.
C’est le signe d’un entraîneur et d’une équipe qui font tout pour se maintenir dans la course, même si cela représente une cadence qui serait intenable sur une longue période.
Quoique Matheson, perçu par plusieurs comme le joueur du Canadien affichant la meilleure forme physique, soit capable d’en prendre.
Je ne crois pas que McDavid se fatigue, et je ne pense pas que Matheson se fatigue non plus. Il a un gros réservoir à essence et il a utilisé chaque goutte ce soir.
Par moments, la vitesse des Oilers a posé problème au Tricolore, jeudi, surtout lorsque ceux-ci réussissaient à appliquer une bonne pression dans le fond de la zone offensive. Les Montréalais ont peut-être passé un peu plus de temps dans son territoire qu’il ne l’aurait souhaité.
En revanche, les Oilers lui ont offert une bonne demi-douzaine de chances de marquer au plein centre de l’enclave, et c’est de cette position privilégiée que Joel Armia est parvenu à inscrire le deuxième but des siens.
C’est peut-être un peu crève-cœur que les Oilers aient gagné à sept secondes de la fin de la prolongation, mais le Bleu-blanc-rouge est quand même parvenu à arracher un point important dans une soirée où des rivaux directs au classement – on parle ici de Boston, Columbus et Détroit – ont tous subi des défaites en temps réglementaire.
Le Canadien ne restera forcément assis sur ses mains à la date limite des échanges, mais se positionner comme vendeur serait plus crève-cœur qu’un point perdu un soir d’hiver en Alberta.
On a hâte de savoir si le groupe va rester le même
, a dit Matheson, qui ne demanderait pas mieux que de continuer d’écouler des punitions avec Savard à ses côtés.
