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Laura Smet : « Tout sur mon père, Johnny Hallyday »

Laura Smet : « Tout sur mon père, Johnny Hallyday »

December 4, 2024 Catherine Williams - Chief Editor Entertainment

Laura Smet. J’en ai deux ! Dont un qui m’a fait particulièrement peur, le jour où j’ai compris que mon père n’était peut-être pas quelqu’un comme tout le monde… C’est lors de son fameux concert au Parc des Princes, pour ses 50 ans. J’avais 10 ans et le voir traverser le public, se faire arracher les cheveux par les fans m’a fait flipper. Même ses gardes du corps n’arrivaient plus à maîtriser les mouvements de la foule, qui était pourtant bienveillante. J’ai vraiment eu peur pour lui et en même temps, j’étais super fière. Quand il est enfin arrivé sur scène, je me suis demandé comment il allait pouvoir chanter pendant deux heures. Il avait l’air déjà épuisé (elle rit). Mais il a assuré. Et le deuxième souvenir, c’est quand il m’a dédié sa chanson « Laura ».

Ça, c’était bien avant, à Bercy en 1987.

La couverture du numéro 3944 de Paris Match.

© Tony Frank

Absolument. Je connaissais la chanson, il me l’avait chanté à la maison. Mais là tout Bercy s’est tourné vers moi, et j’étais hypertimide. D’autant qu’il se comportait en privé comme n’importe quel papa. C’était quelqu’un de naturel, de simple, avec de vraies valeurs. Il m’engueulait quand je faisais des bêtises, normal quoi. C’est en arrivant à l’école que j’ai vraiment compris qu’il était quelqu’un de pas tout à fait comme les autres.

À quel moment avez-vous pris conscience de son immense célébrité ?

La suite après cette publicité

Mon père n’aimait pas sortir parce qu’il était sans cesse dérangé. Donc quand j’étais avec lui, on restait à la maison. Je savais qu’il faisait un métier à part, mais je ne me suis rendu compte que progressivement de l’immense star qu’il était. En pleine période des Guignols de l’Info, tous mes camarades de classe me parlaient de sa marionnette et son fameux « Ah que coucou ». Ça les faisait rigoler… Pas moi, parce que j’étais fière d’être sa fille, je ne m’en cachais pas du tout, mais aussi parce que je trouvais ça violent. Il s’en était d’ailleurs ouvert dans la presse, disant que lui se foutait de la caricature, mais que « pour sa fille ce n’était pas forcément facile ». Du coup, très jeune, j’ai été protectrice avec lui. J’étais « la petite fille à son papa qui ne voulait pas qu’on lui fasse du mal ».

« À la Lorada, dans la salle de cinéma, je me souviens de m’endormir contre lui »

Vous étiez souvent tous les deux ?

Les jours heureux. Chaque année, jusqu’à ses 13 ans, elle passe un mois d’été avec son père à Saint-Tropez. Ici, en août 1992.

Les jours heureux. Chaque année, jusqu’à ses 13 ans, elle passe un mois d’été avec son père à Saint-Tropez. Ici, en août 1992.

© DR

Mes parents se sont séparés peu de temps après ma naissance. J’étais un week-end sur deux chez lui, avenue Molitor et un mois d’été à Saint-Tropez, dans cette maison géniale que j’adorais, La Lorada. Peu importe ce qui se passait autour de lui, à 16 heures, on était tous les deux dans la salle de cinéma. C’était notre moment à tous les deux. Et personne d’autre ne pouvait venir. Il mettait tout le monde à la porte si besoin. Je me souviens encore de m’endormir contre lui, de sa respiration animale, lui le gros fumeur…

Il fumait dans sa salle de cinéma ?

Là, non. Mais dans la voiture, oui. Ça puait la Gitane sans filtre, c’était l’enfer. (Elle rit.) D’autant qu’il n’ouvrait jamais la fenêtre et qu’il mettait la clim’ à fond. En plus je me caillais… (Elle sourit.)

Il voulait faire votre culture cinématographique et pas musicale donc ?

Oui, il m’a montré tous les westerns qu’il aimait, alors qu’il ne m’a jamais vraiment parlé de musique. À Saint-Tropez, son rituel était aussi de m’emmener prendre une glace sur le port. Il me mettait derrière lui, sur sa Harley et on partait tous les deux, sans casque. J’avais l’impression d’être Brigitte Bardot. Tout le monde le regardait évidemment, et moi j’étais si heureuse.

Vous compreniez les fans qui l’attendaient devant le portail ?

Autre hommage à son père : elle a choisi de poser face à l’objectif de Tony Frank, compagnon de route de Johnny et ami de la famille.

Autre hommage à son père : elle a choisi de poser face à l’objectif de Tony Frank, compagnon de route de Johnny et ami de la famille.

© Tony Frank

Justement, là, j’ai un petit truc à raconter qui est assez drôle. Parce que je ne voulais pas qu’on l’embête. Dès qu’il voulait mettre le nez dehors, il y avait cinq personnes devant le portail, donc souvent ça le décourageait. Alors je me planquais derrière le portail, je prenais des petits cailloux et je les lançais sur les gens puis je me cachais. Ils ne comprenaient pas d’où ça venait et ça nous faisait beaucoup rire tous les deux. Parfois nous étions rattrapés par sa notoriété. Un jour, il décide de m’emmener dans la petite boutique blanc-bleu de Saint-Tropez. On rentre, il n’y a personne. Mais cinq minutes plus tard, tout le village est devant la porte. Et il a fallu évacuer parce que c’était dangereux.

Il paniquait dans ce genre de situations ?

Un peu, parce que j’étais là. Il était très protecteur avec moi et surtout il ne voulait pas… se faire engueuler par ma mère. Au fond il avait conscience que ce n’était pas la place d’un enfant. Quand il était en famille, que ce soit avec David, avec moi, avec Jade ou Joy, il ne voulait pas qu’on le prenne en photo, qu’on le dérange. « Foutez-moi la paix, je suis en famille, merci. » Ce n’était pas méchant, mais c’était son moment et je trouvais son attitude super.

« Mon père, c’était vraiment l’amour de ma vie »

Souffrait-il de son extravagante célébrité ?

Aux 60 ans de Johnny, à Saint-Cloud au Quai Ouest, le 15 juin 2003.

Aux 60 ans de Johnny, à Saint-Cloud au Quai Ouest, le 15 juin 2003.

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© ANGELI-BORDE-CASTEL-RINDOFF

Elle l’isolait et en même temps, il ne pouvait pas vivre sans. C’est pour ça qu’il est monté sur scène malade. Personne n’avait jamais vu ça. Il n’était vraiment pas bien, il avait sa bouteille d’oxygène, mais il y allait quand même et était incroyable. Il faut que vous compreniez que j’étais amoureuse de mon père, c’était vraiment l’amour de ma vie. Tous ses choix, toutes ses décisions, je les ai comprises et acceptées. On avait un rapport très fort tous les deux, on n’avait pas besoin de se parler, on se regardait, on se comprenait.

Que savez-vous de la rencontre de vos parents ?

Chez Nathalie Baye, à Hussard dans la Creuse, en décembre 1984. Laura a 13 mois.

Chez Nathalie Baye, à Hussard dans la Creuse, en décembre 1984. Laura a 13 mois.

© DR

C’est une histoire drôle. Un jour, ma mère Nathalie Baye a été contactée pour faire un sketch avec mon père. « Avec Johnny Hallyday ? Vous êtes sûr ? » Elle tournait avec Godard et lui était dans sa pire période, au début des années 1980, les cheveux longs, blond platine. Ma mère accepte donc. Mais il est tellement intimidé de la rencontrer qu’il arrive en retard. Or elle détestait – et déteste encore – les gens en retard. Évidemment il ne lui met pas trente minutes dans la vue, mais deux bonnes heures, et comme il avait peur d’elle il envoie son sbire répéter la scène avec elle. Là, elle a explosé. Mais il l’a regardée d’une telle manière, qu’elle était déjà fascinée.

L’amour au premier regard donc ?

Non ! Il lui a fait la cour. Un jour, pour l’impressionner, il lui a envoyé une limousine. Sauf que la limousine, trop grande, est restée bloquée entre deux rues. Ce qui a évidemment fait fondre ma mère. Et là, c’est vraiment l’histoire la plus mignonne du monde : ils sont partis en week-end tous les deux en Creuse pour la première fois. Là-bas, ma mère cuisinait et mon père lisait « Le Monde ». Sauf qu’il tenait le journal à l’envers. Ma mère s’en était bien rendu compte. Mais lui ne rigolait pas. Il était très sérieux ! Et là, forcément, elle est tombée amoureuse.

C’était un stratagème de sa part ?

Je ne crois pas. Rien n’était calculé chez lui…

Un mois après votre naissance le 15 novembre 1983, Michel Drucker raconte dans Paris Match le bonheur retrouvé de Johnny. Il vous semblait heureux ?

Le couple choisit Match pour présenter Laura, le 25 novembre 1983, dix jours après sa naissance.

Le couple choisit Match pour présenter Laura, le 25 novembre 1983, dix jours après sa naissance.

© SYGMA

Je ne l’ai vu malheureux que dans ses derniers mois parce qu’il souffrait. Mais mon père a toujours été quelqu’un de très seul. Quand je suis arrivée, il avait tout : l’amour de ma mère, une fille dont il rêvait et le succès. Donc oui il était heureux, mes parents étaient heureux ensemble, contrairement à David, je n’ai jamais ressenti l’absence de père. J’ai grandi dans une atmosphère pleine de joie, on se marrait tout le temps. Je crois que j’ai eu la chance de connaître mon père dans ses moments les plus lumineux, même si c’était un peu rock’n’roll à la maison.

Vous l’avez vu dans des états pas possibles ?

Il aimait faire la fête, tout le monde le sait. Mais je n’ai jamais vu de drogue à la maison.

« Jusqu’à la fin de sa vie, quand il n’était vraiment pas bien, c’est ma mère qu’il appelait »

Était-il le genre de père à vous emmener à l’école ? À se soucier de vos résultats scolaires ?

Une mère aimante et vigilante toujours à ses côtés. À La Rochelle en 2008.

Une mère aimante et vigilante toujours à ses côtés. À La Rochelle en 2008.

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© Patrick BERNARD

Non, il ne m’a jamais emmené à l’école mais parce que ma mère lui avait demandé de ne pas le faire. C’était compliqué pour lui ce genre de choses… Il avait une vraie bonté en lui. Il m’a toujours dit de mettre tout le monde sur le même plan. Ça donnait, « en tournée, tu salues toute l’équipe, aussi bien le cuisinier que le chanteur ». Il connaissait chacun de ses techniciens et je crois même qu’il préférait passer du temps avec eux plutôt qu’avec les stars qui venaient le saluer dans sa loge. Mais il aimait aussi que les enfants restent à leur place. Avec ma mère ils ont accepté une séance photo avec moi bébé, pour mettre un terme au harcèlement des paparazzis. Et ensuite je suis restée vingt ans dans l’ombre.

Vous avez eu le sentiment de grandir dans une famille normale malgré tout ?

Totalement. Même séparés, ils sont restés très proches. Mon père a fait attention à prendre un appartement à 200 mètres de chez ma mère, comme pour garder un œil sur elle. Et jusqu’à la fin de sa vie, quand il n’était vraiment pas bien, il l’appelait. Parce qu’elle lui disait la vérité, même s’il n’avait pas envie de l’entendre. Il était entouré de gens qui n’allaient que dans son sens. Parfois il avait besoin qu’on lui ouvre les yeux…

Vous étiez capable de lui parler franchement ?

Honnêtement non. Parce qu’il m’a toujours fait un peu peur. Mon père m’intimidait, même si nous étions très proches. Nous étions aussi deux timides. Et deux timides ensemble, c’est compliqué… On se ressemblait beaucoup et je devais le renvoyer à lui plus jeune. Ça devait le troubler et forcément, je le ressentais. C’est pour ça qu’on ne se parlait pas beaucoup, tout passait par le regard. C’était dingue.

Votre frère était-il présent avenue Molitor ?

Non. Comme moi, il avait sa chambre au deuxième étage. Moi à droite, lui à gauche. Mais je ne l’ai jamais vu là-bas, je ne l’ai rencontré qu’à l’âge de 15 ans. Or dans sa chambre chez mon père il y avait une immense peinture de lui, où il était beau comme un dieu. Je le trouvais sublime. Et c’était mon frère… Aujourd’hui on est vraiment très proches.

Johnny a souffert de l’absence de David. Vous en parlait-il ?

Non. Je mets ça sur le compte de son immense pudeur. Il avait tellement peur de décevoir qu’il se mettait la pression sur tous les sujets. C’est aussi ce qui l’a enfermé dans sa timidité. On disait qu’il était rock’n’roll mais ma mère m’a toujours dit que dans l’intimité, c’était faux « ton père a toujours préféré regarder des bons films devant la télé ». Mais ça n’aurait pas contribué au « mythe » de raconter ça. Alors il s’inventait des vies. N’oubliez pas que lorsqu’il fait sa première émission de télé avec Line Renaud, il raconte qu’il est Américain… C’était n’importe quoi…

Est-ce qu’il a pu se sentir coupable de sa séparation avec Nathalie Baye ? Il vous a fait vivre ce que lui avait connu…

Je ne crois pas. Il était très heureux que Nathalie soit ma mère parce que c’est quelqu’un de très stable. Il avait confiance en elle. Et je pense qu’il l’aimait encore…

Il vous a expliqué les raisons de leur séparation ?

Il passait sa vie en tournée, il rentrait tard la nuit. Ma mère tournait « Notre histoire » avec Delon, leurs univers les ont éloignés. Le climat à la maison est devenu tendu, parce qu’il y avait beaucoup de frustrations entre eux. Lui ne pouvait pas être avec moi la journée, parce qu’il dormait, et le soir parce qu’il chantait. Ma mère vivait dans le sens inverse, donc leur histoire s’est effritée. Mais, je sais qu’il l’a toujours aimée, comme il a toujours aimé Sylvie (Vartan). Elles étaient les deux femmes en qui il avait vraiment confiance.

« Il avait un complexe vis-à-vis de Jean-Jacques Goldman et Michel Berger »

Avait-il peur de la vie de famille ?

Il avait surtout peur de ne pas être à la hauteur, lui qui avait connu l’abandon, qui n’avait pas fait d’études, pas passé le bac, comme moi d’ailleurs… Il préférait passer sa vie avec des gens qui traînaient le soir plutôt qu’avec Jean-Jacques Goldman ou Michel Berger parce qu’il avait un complexe vis-à-vis d’eux. C’est ma mère qui lui a redonné confiance. C’est elle qui l’a présenté à Godard, à Michel Berger, à ceux qui l’ont porté et élevé spirituellement. C’est aussi pour ça que mon père la respectait beaucoup, parce que sans Michel Berger, il n’y aurait pas eu « Tennessee », et toutes ces chansons qui ont marqué sa renaissance artistique dans les années 1980. À sa manière, ma mère l’a soigné de ce complexe et lui, lui a apporté un peu de folie.

Et vous êtes le mix parfait des deux ?

Ça dépend des jours. (Elle rit.)

En 1998, Johnny donne une interview au « Monde » dans laquelle il revient sur sa consommation de cocaïne et ses addictions. Qu’en avez-vous pensé à l’époque ?

J’avais 15 ans ! Je me souviens juste que j’avais un Tam-Tam et que tous les enfants de ma classe s’étaient retournés parce qu’il y avait eu un « URGENT, Johnny raconte je ne sais plus quoi ». Encore une fois, je ne l’ai jamais vu prendre de la coke. Peut-être m’a-t-il protégé de tout cela. Quand je le voyais faire la fête, je ne voyais pas ça comme un danger. Au contraire. Il m’a quand même emmené aux Caves du Roy alors que je n’avais que 10 ans…

Comment viviez-vous l’arrivée de nouvelles femmes dans sa vie ?

Ce qui comptait pour moi, c’était de savoir qu’il était heureux. Et ça, je m’en rendais compte dans la seconde. Il était fier de me présenter certaines filles, mais parfois aussi je l’ai senti gêné. Je l’ai toujours vu avec des filles sublimes. Certaines n’étaient pas là pour les bonnes raisons. Je me suis très bien entendue avec Linda Hardy, une fille super qui n’a pas voulu l’épouser. Du coup, il l’a quitté. Je trouvais ça complètement dingue. Mais rien dans son rapport aux femmes ne m’a jamais choqué. Ça faisait partie du truc.

Ça ne vous a pas compliqué la vie ?

J’ai toujours vu ma mère avec des mecs aussi ! (Elle rit.) Mais non, ça ne m’a pas traumatisé. Parce que mon père était sincère en amour. Quand il rencontrait quelqu’un, c’était tout de suite l’amour de sa vie. Il désenchantait après deux ou trois mois… Lui me parlait de sa vie amoureuse, – « Elle me fait chier, je vais la quitter » –, j’avais l’impression d’être sa psy… Mais à 13 ans, je ne savais pas trop quoi lui répondre. En vous racontant ça, je me rends compte qu’il me parlait comme à une meilleure amie, qui pourrait lui conseiller deux ou trois petits trucs…

Ça veut dire aussi qu’il avait une immense confiance en vous ?

Il voulait surtout que les vacances se passent bien… (Elle sourit.)

Quand avez-vous cessé de partir en vacances ensemble ?

À la vente de La Lorada, que j’ai apprise dans la presse. J’avais deux chiens là-bas, je n’ai pas pu leur dire au revoir, ça a été hyperviolent pour moi, c’était la maison de mes souvenirs. Mais elle ne lui appartenait pas, c’est sa maison de disques qui l’avait achetée et il a fallu la vendre pour rembourser ses dettes. Il n’a pas osé m’en parler. Toute sa vie mon père s’est fait avoir par le système. On lui faisait des avances et pour les rembourser il devait partir en tournée. Tout le showbiz en rigolait : « Tu veux avoir Johnny en concert ? File-lui un bateau, une maison et dans trois mois, comme il ne pourra pas payer, il sera chez toi. »

Il était dépensier ?

Ultra-dépensier ! Et flambeur. Les requins du showbiz le savaient et en ont abusé. Il avait un côté grand enfant qui voulait s’amuser. Quand il invitait 40 personnes au resto après les concerts, c’est lui qui réglait l’addition. Je l’ai toujours vu payer. Sur le moment je ne comprenais pas. Mais quand j’ai su après sa mort qu’il avait toujours vécu à crédit, ça m’a fait beaucoup de peine pour lui. Pour me rassurer je sais aussi qu’il s’est fait plaisir. Quelques mois avant son décès, j’étais chez lui à Los Angeles, il me dit : « Je pars faire une course ? » Et il est revenu avec une Maserati. Ce décalage avec le monde réel le rassurait, je pense. C’était sa manière d’être une star tout en restant un enfant, lui l’impulsif…

Personne ne lui a jamais conseillé de faire attention à ses finances ?

Non, il fallait le laisser faire. Il a toujours été d’une générosité immense. Lors de ce séjour il avait tenu à faire du shopping avec mon mari et moi. Il est rentré dans une boutique et lui a acheté des super blousons. Raphaël, gêné, m’a dit : « Je ne peux pas accepter un truc comme ça. » Mais je lui ai dit que s’il n’acceptait pas, il allait mal le prendre. C’était touchant parce qu’il voulait faire plaisir tout le temps… Mais oui, j’ai vu beaucoup de pique-assiette autour de lui, pas forcément des gens méchants. Le pire c’est que je crois qu’il en avait besoin. Ça le rassurait. Sans doute parce qu’il n’a pas eu de parents, qu’on ne lui a rien offert pendant son enfance. Alors il voulait faire des cadeaux à ceux qui étaient là pour lui.

« C’est rare les gens vraiment gentils, purs »

A-t-il été généreux avec vous aussi ?

Ah oui. Beaucoup. Mais je n’ai pas été pourrie gâtée pour autant… Il savait aussi dire « non ». Le truc qu’il ne supportait pas, c’était de me voir maquillée. Je me souviens un jour de lui me regardant et me balançant : « Ta mère, elle sait que tu mets du Rimmel ? » C’était sa manière de dire qu’il voulait que je reste à ma place de fille.

Et avec vos petits copains il réagissait comment ?

Ouh là, les garçons, c’était quelque chose. C’est bien simple quand j’ai commencé à tomber amoureuse, il ne l’a pas accepté. C’était rédhibitoire, il était hyperjaloux. (Elle rit.) Mais soit il l’acceptait, soit je partais. J’ai des souvenirs très drôles de quand je lui présentais mes copains. Du coup, à table et il n’était pas forcément très sympathique. Quand on mangeait, il les observait… Puis me livrait son verdict : « Il est trop lent », « Il est con », « Non, ça va il est sympa »… Pour l’anecdote, Raphaël, qui voulait faire bien les choses, a été lui demander ma main. Mon père l’a fixé : « Tu en es encore là, toi ? » (Elle rit.) Heureusement il l’aimait beaucoup…

Il y a quatre mots qui reviennent souvent quand on parle de Johnny. Côté défauts : la mauvaise foi et le manque de courage. Et côté qualités : la sincérité et l’instinct. Êtes-vous d’accord ?

Dans les qualités je mettrais sa gentillesse avant tout. C’est rare les gens vraiment gentils, purs. C’est peut-être pour ça qu’il avait un côté un peu christique. Il chantait trois heures au Stade de France et après dans sa loge et il était curieux des autres, il ne ramenait pas tout à lui. Pour les défauts, la mauvaise foi, évidemment. Et le manque de courage, aussi, comme beaucoup d’hommes. Il ne voulait pas avoir d’emmerdes ; il avait tellement peur du conflit…

Il aurait pu faire autrement ?

Certes, mais il préférait faire l’autruche. Dans son métier, il ne manquait pas de courage. Mais pour sa famille, il avait peur de décevoir, il fuyait les problèmes. Je le savais et je l’ai accepté, même avec tout ce qu’il s’est passé après son décès. Oui il m’a blessé parfois, mais c’est la vie. Je suis depuis douze ans avec mon mari, et je vois des choses identiques chez lui. Les femmes osent plus dire les choses. C’est très masculin ce truc de « je ne veux pas d’emmerdes ». Et plus on vieillit, moins on en veut. Il en avait tellement mon père dans sa vie publique, qu’il voulait être tranquille dans sa vie privée.

Vous avez dû arrondir les angles parfois ?

Ça m’est arrivé. Mais il avait tout de suite ce regard du petit garçon qui a fait une connerie. Donc en deux secondes, ma colère disparaissait. Je n’en ai jamais voulu à mon père pour quoi que ce soit. J’aurais bien aimé, mais je n’y arrive pas.

Comment avez-vous appris l’arrivée de Jade en 2004 ?

Le plus simplement possible. Il m’a appelé : « Voilà, tu sais, Læticia et moi, on veut adopter une petite fille qui vient du Vietnam. » Je n’étais pas du tout contre. Il m’a montré des photos du bébé quelque temps plus tard, quand j’ai dû aller chez le notaire donner mon accord. David aussi a dû faire ça. La loi exige que les premiers enfants donnent leur consentement. On l’a fait avec plaisir.

Cette même année vous apparaissez pour la première fois au cinéma, il en était immensément fier. Il vous l’a dit ?

C’était plus facile pour lui de parler des choses du métier que des choses de la vie. On s’en servait souvent pour se parler. Sur ce film, je suis tombée amoureuse de Nicolas Duvauchelle, qui n’en avait absolument rien à faire de moi. Mon père l’a vu, compris et en a parlé en interview… Mais sinon oui dès qu’un film dans lequel je jouais sortait, il allait le voir immédiatement.

On en revient à son manque de courage…

Pourquoi forcément le sien ? Peut-être que moi aussi je n’ai pas su être assez cash avec lui. Mais on s’aimait tellement que ça brûlait…

Compreniez-vous son besoin de solitude ?

Il avait besoin de monde autour de lui pour se sentir seul. C’était quelqu’un de profondément mélancolique. Je l’ai vu s’ennuyer à ses propres anniversaires. Il n’en pouvait plus des gâteaux en forme de guitares et des 200 personnes autour. Mais il en avait besoin. J’avais l’impression dans ces moments-là qu’il n’arrivait plus à réfléchir. Ça l’empêchait d’être seul avec lui-même et d’avoir peur. Chez lui il y avait une télé dans chaque pièce, toujours allumée, même dans les toilettes. Il avait besoin d’entendre du son, partout, tout le temps pour ne pas être seul avec ses pensées. Quand on était que tous les deux, on ne parlait pas forcément tout le temps. Mais si je n’allais pas bien, il le voyait tout de suite.

Quand vous n’étiez pas bien, il a su vous aider ?

C’est même lui qui m’a vraiment sortie d’affaire. À cette époque, où je voulais lui ressembler. C’est une période où je le voyais moins donc je le cherchais à travers les soirées, le monde de la nuit. Après un épisode où j’avais sérieusement déconné il est venu me voir. Je pensais qu’il allait m’engueuler, mais non. Il m’a dit : « Mais pourquoi tu ne veux pas prendre le meilleur en moi ? Pourquoi tu veux toujours prendre la merde ? » Ses mots m’ont permis de m’en sortir. Ils nous ont rapprochés.

Cette période où vous le voyez moins correspond à son départ à Los Angeles en 2007 et à son accident de santé de 2009, où il passe trois semaines dans le coma ?

Exactement. En 2009, j’ai vu en lui une grande vulnérabilité, que je ne lui connaissais pas. Il ne comprenait pas ce qui se passait. Il buvait beaucoup à cette période. Il a remis en question toute sa manière de vivre, changé totalement… Même physiquement, il y avait quelque chose de différent. Nous étions avec ma mère chez Sylvie, David était là aussi. Lui était dans sa toute petite chambre d’hôpital… C’est la période que j’aime le moins, donc je ne vais pas m’éterniser sur le sujet, mais il n’était pas très heureux à ce moment-là. C’est comme s’il avait mis un voile sur sa vie, son message était « je ne veux plus voir personne, je reste dans mon truc ». C’était un peu… particulier pour David et moi.

Tout change à sa sortie de l’hôpital en 2009, notamment son entourage professionnel.

Oui… Mais il n’était pas très conscient de tout cela. Il ne voulait plus d’emmerdes, donc il a accepté ce qu’on lui a dit de faire. Je n’ai aucune opinion sur le sujet parce qu’il a toujours été maître de sa vie et à ce moment-là, il a décidé de se laisser porter.

Était-il heureux dans les dernières années de sa vie ?

Moi je ne le voyais vraiment pas bien. C’était quelqu’un qui était dans la puissance, et cherchait à essayer de revenir comme avant, mais il n’y arrivait pas. J’ai senti une légère déprime s’installer dans sa vie. Mais je suis convaincue qu’il a été heureux à Los Angeles. Il a vécu ce rêve américain qu’il attendait depuis l’enfance… Il était plus paisible mais avait perdu un peu de sa joie de vivre. Il avait moins ce truc animal, il était plus dressé…

Avez-vous parlé de la maladie, de la mort tous les deux ?

Le dernier adieu. Lors des obsèques de Johnny en l’église de la Madeleine, à Paris, le 9 décembre 2017. Laura est entre sa mère, Nathalie Baye, et son frère, David.

Le dernier adieu. Lors des obsèques de Johnny en l’église de la Madeleine, à Paris, le 9 décembre 2017. Laura est entre sa mère, Nathalie Baye, et son frère, David.

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© Olivier Borde

Non, mais je me souviens d’une fois où il m’a regardé parce qu’il a dû voir que je m’inquiétais. Il était dans sa loge avec une bouteille d’oxygène. Il était face au miroir, et il s’est retourné : « Non ne t’inquiète pas. » Ça me suffisait. Il ne m’aurait pas menti, il me faisait un clin d’œil et je comprenais que ça allait. Il ne s’est jamais plaint durant sa maladie. Il ne s’est jamais plaint tout court d’ailleurs. Jamais, jamais, jamais, jamais, jamais. Mais sa fin a vraiment été dure pour tout le monde. C’était particulier… Même dans un film on aurait trouvé ça « too much ».

Il ne savait pas qu’il était condamné ?

Je pense qu’il ne le savait pas. Et il avait très peur de la mort, c’est pour ça qu’il détestait tant la nuit, comme moi je déteste voir le jour tomber. Il ne voulait pas rester à l’hôpital, il voulait rentrer chez lui, même s’il y avait des ondes un peu particulières à Marnes-la-Coquette à ce moment-là.

« Quand j’ai su après sa mort qu’il avait toujours vécu à crédit, ça m’a fait beaucoup de peine pour lui »

Vous vous êtes tenue à distance ?

Non je suis venue tous les jours, mais je n’allais pas lui parler de ce que je ressentais. Il y a eu des échanges un peu violents entre lui et moi. Mais je venais juste lui dire mon amour total, intact.

Vous saviez qu’il allait mourir ?

À la clinique Bizet, on nous a annoncé à David, sa femme et moi que c’était terminé. Mais on nous dit aussi qu’il ne voulait pas rester là et qu’il allait être en soins palliatifs chez lui. Ça, il ne le savait pas, donc il ne fallait pas qu’on le dise. C’était horrible… Je me rassure en pensant que nous ne sommes pas les seuls à avoir vécu ce genre de choses. Mais il aurait pu avoir une fin de vie dix fois meilleure.

Le 9 décembre 2017, à la Madeleine, la France entière lui rend hommage. Ça vous a touché ? Vous avez compris ce jour-là l’amour de la foule qui vous entourait ?

Frère et sœur, sang pour sang. Pendant l’inhumation au cimetière de Lorient, à Saint-Barth, le 11 décembre 2017.

Frère et sœur, sang pour sang. Pendant l’inhumation au cimetière de Lorient, à Saint-Barth, le 11 décembre 2017.

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© Dominique JACOVIDES

J’étais complètement absente. J’ai eu des acouphènes, j’entendais des sifflements dans mes oreilles. Je n’ai rien compris à cette journée. Je ne savais pas du tout que ça allait être comme ça. On ne m’en avait jamais parlé. Je me souviens d’avoir appelé un ami, c’est dire si j’étais à la masse, en lui disant : « Je pense qu’il y aura quelques photographes. Peux-tu m’aider, parce que je n’arrive à rien. » Je n’étais pas au courant pour l’inhumation à Saint-Barth, je l’ai appris sur le moment et j’ai halluciné. David et moi étions estomaqués : « Ah bon, ok, d’accord. » On a suivi le mouvement pour être avec lui jusqu’au bout.

Sept ans après sa mort, est-ce qu’il est encore là auprès de vous ?

Je le ressens beaucoup. Vraiment beaucoup. Et quand je ne le sens pas, je suis quand même contente pour lui, parce que ça veut dire qu’il est bien là-haut. Mais une journée comme aujourd’hui, il a vraiment été là, c’est très étrange je vois plein de signes de sa part. À sa manière, il m’accompagne encore. Cela passe par des trucs de langage corporel, des envies de bouffe, c’est très étrange et agréable et je ne me sens pas du tout seule.

Il vous parle dans vos rêves ?

Un 15 juin, jour anniversaire de Johnny, elle dit oui à Raphaël Lancrey-Javal, l’autre homme de sa vie. En 2019, au Cap-Ferret.

Un 15 juin, jour anniversaire de Johnny, elle dit oui à Raphaël Lancrey-Javal, l’autre homme de sa vie. En 2019, au Cap-Ferret.

© DR

Oui, beaucoup. Le téléfilm que j’ai tourné pour France 2, c’est lui qui m’a conseillé de le faire… Je me suis mariée le 15 juin 2020, le jour de son anniversaire parce que c’était la seule date disponible cette année-là. Le bateau qui devait nous emmener au Cap Ferret est arrivé en retard parce que mon père n’était pas du matin. Donc forcément j’ai eu besoin d’aller aux toilettes, je suis allée dans un café qui venait d’ouvrir. Il était 7 h 30 et à la radio j’ai entendu « Laura ». C’était comme s’il me disait : « Excuse-moi, je ne me suis pas réveillé à temps. Mais maintenant, on peut y aller ». Et j’ai passé une journée complètement perchée grâce à lui.

« Le film de Jalil Lespert ne se fera pas »

Il a cessé de chanter « Laura » en 1998. Savez-vous pourquoi ?

Non, je ne sais pas…

Avez-vous, David et vous, le droit moral sur son œuvre ?

C’est un tel bordel que je ne saurais pas répondre à cette question. Mais les gens qui gèrent son œuvre ont l’élégance de m’appeler quand ils sortent quelque chose. Certains sont mêmes obligés de me consulter pour utiliser certaines de ses chansons. Pour moi ce qui compte c’est que son œuvre soit dans les plus beaux trucs possibles et que sa mémoire soit respectée.

Vous avez été consultée sur les deux biopics annoncés ?

Il n’y en a plus qu’un, le film de Jalil Lespert ne se fera pas. Il n’y a plus que celui de Cédric Jimenez avec Raphaël Quenard, qui m’a appelé pour en discuter. Donc on va se voir…

Il y a des choses sur Johnny qu’on ne sait pas que vous aimeriez faire connaître ?

Non, ces choses-là, je les garde pour moi. (Elle sourit.)

Le 17 décembre donc, vous inaugurerez l’esplanade Johnny Hallyday du Zénith de Clermont-Ferrand. Pourquoi avez-vous accepté ?

Parce que ça a du sens pour moi. Il avait inauguré la salle le 5 décembre 2003, il est décédé le 5 décembre 2017 et Match sort le 5 décembre 2024. J’y vois encore un signe de sa part… Comme j’ai passé beaucoup de temps en Creuse enfant, quand on m’a proposé d’inaugurer cette esplanade je me suis dit que c’était important. Je suis contente de faire ça pour lui. Vraiment, profondément.

À Paris, le 21 novembre.

À Paris, le 21 novembre.

© Tony Frank

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