Solidarity and Resistance at the Palace of Justice
- Des avocats strasbourgeois ont manifesté devant le Palais de Justice de Strasbourg jeudi 30 avril 2026, sous la bannière « Solidarité et résistance », pour dénoncer le projet...
- La protestation strasbourgeoise, qui a rassemblé une centaine de membres du barreau, marque une étape dans une vague de contestation qui a débuté début avril.
- Le cœur du débat porte sur la création d’une nouvelle procédure, la PJCR (procédure de jugement des crimes reconnus).
Des avocats strasbourgeois ont manifesté devant le Palais de Justice de Strasbourg jeudi 30 avril 2026, sous la bannière « Solidarité et résistance », pour dénoncer le projet de loi dit « SURE » (Sanction Utile, Rapide et Effective), porté par le garde des Sceaux Gérald Darmanin. Leur mobilisation s’inscrit dans une grève nationale contre une réforme qu’ils jugent liberticide et porteuse d’un affaiblissement de la justice criminelle en France.
La protestation strasbourgeoise, qui a rassemblé une centaine de membres du barreau, marque une étape dans une vague de contestation qui a débuté début avril. À son apogée, 130 barreaux sur 164 en France avaient voté la grève, et une journée « Justice morte » avait paralysé les tribunaux à travers le pays le 13 avril. À Strasbourg, les avocats ont d’abord suspendu toutes les audiences, avant de recentrer leur action sur les audiences de plaider-coupable correctionnel (CRPC), provoquant des renvois de dossiers et des perturbations dans l’organisation judiciaire.
Le cœur du débat porte sur la création d’une nouvelle procédure, la PJCR (procédure de jugement des crimes reconnus). Selon cette réforme, un accusé reconnaissant intégralement les faits pourrait voir sa peine négociée avec le parquet, sans passer par un procès aux assises ou devant la cour criminelle départementale. Trois magistrats homologueraient l’accord, la victime serait consultée, mais il n’y aurait ni jury populaire, ni débat public sur les faits, ni audition de témoins. Les avocats strasbourgeois, comme leurs collègues à travers la France, estiment que cette procédure remettrait en cause les principes fondamentaux de la justice, notamment le droit à un procès équitable et la participation citoyenne.
Le gouvernement, pour sa part, défend cette réforme en invoquant des délais judiciaires excessifs : en France, environ 6 000 affaires criminelles attendent d’être jugées, avec des délais moyens de six ans pour un viol et huit ans pour un homicide ou un dossier de narcotrafic. Gérald Darmanin annonce également des investissements pour accélérer le traitement des dossiers, avec une enveloppe de 12 millions d’euros et le recrutement de 35 magistrats et 80 greffiers supplémentaires dans neuf cours d’appel.
Le texte, adopté au Sénat et légèrement remanié par rapport à sa version initiale — notamment en excluant les crimes sexuels sur mineurs de 15 ans et les viols aggravés du champ de la PJCR —, doit être examiné par les députés d’ici fin juin ou début juillet. Pour les avocats, la bataille se jouera avant cette échéance, et leur mobilisation reste déterminée. À Strasbourg, comme ailleurs, la résistance des « robes noires » symbolise un refus catégorique de voir la justice criminelle se transformer en un système accéléré, au détriment des droits des justiciables et de la transparence.
